Un p’tit mot de notre dictateur clown en chef (Guillaume Vermette)

Janvier 2021

C’est pendant un projet de clown thérapeutique en Bolivie, en juillet 2019, que notre chère Marie Veillette et moi-même on s’est regardé dans les yeux et qu’on s’est dit avec beaucoup trop d’enthousiasme : “on fonde un organisme!”. Le 1er octobre 2019, avec Dany Hamel et Benoît Gonneville Damme, on signait les premiers papiers officiels. À peine un mois plus tard, 6 d’entre-nous partaient dans un camp de réfugiés à Samos, en Grèce; notre premier projet.

J’ai appris récemment qu’un organisme, normalement, ne commence pas ses activités avant d’avoir tenu son Assemblée Générale de Fondation. Que voulez-vous, une gang de clowns, ça fait rarement les choses comme les autres. Notre belle p’tite Caravane existe seulement depuis octobre 2019. La quantité de nos réalisations peut sembler impressionnante pour un si jeune organisme. En réalité, nombreux de nos projets et de nos idées étaient réfléchies et discutées depuis des mois, voire des années.

Avant, tout passait sous la bannière de “Guillaume Vermette le clown humanitaire”. C’était la continuité naturelle de plusieurs années de projets personnels. Je voulais en faire plus et m’entourer d’une équipe, alors je faisais de mon mieux pour organiser des projets et rassembler des gens, avec mes compétences et mes connaissances limitées.

Une quantité impressionnante de belles personnes s’offraient quotidiennement pour m’aider, s’impliquer auprès des réfugiés, briser l’isolement dans les CHSLD, répandre du bonheur, etc. La plupart ne savaient pas par où commencer, comment se former et où donner de leur temps. Effectivement, les opportunités dans notre milieu sont trop rares. C’était évident qu’il nous fallait un organisme, une structure officielle et mieux organisée, pour démocratiser les pratiques du clown thérapeutique, du cirque social et du clown/cirque humanitaire.

Il fallait une entité autonome et séparée de l’individu (moi moi moi je je je suis cool parce que je passe à Deux Filles le Matin), pour véritablement devenir une équipe. C’est un processus qui se fait étape par étape et qui est toujours en cours. Un pas énorme a été fait dans ce sens dans la dernière année; légalement et financièrement, la Caravane Philanthrope existe indépendamment de ma p’tite personne. Aussi, la Caravane Philanthrope a maintenant une identité propre à elle et qui continuera de se développer. Le nom, le logo et le slogan “Un sourire à la fois” ont été créés en consultant un maximum de gens qui étaient impliqués dans nos projets. La mission, les valeurs et les objectifs ont été réfléchis en équipe avec le conseil d’administration et, je l’espère, seront réfléchis à nouveau en incluant nos membres dans le processus.

Les projets, le plan d’action et la plupart des grandes décisions viennent de moi, tout seul et habillé en mou dans mon salon. Par nécessité je suppose, et par désir ardent de réaliser des belles choses immédiatement. J’ai fait de mon mieux pour m’improviser directeur, en utilisant mon gros bon sens et en consultant notre équipe.

Je n’aurai jamais réussi sans être appuyé par un conseil d’administration composés d’humains aussi exceptionnels et compétents. Sans oublier tous les autres humains exceptionnels qui sont impliqués dans la Caravane; artistes, bénévoles, collaborateurs, partenaires… vous! C’est vous tous, cette « armée du bonheur » dont je n’arrête pas de me vanter et de crier sur tous les toits.

Une première année pour un organisme (je le découvre à mes dépends), c’est compliqué en saperlipopette. Les formalités, telles les règlements généraux, me dépassent complètement. Je pense que je peux parler pour la majorité des clowns en affirmant qu’on ne comprend pas très bien à quoi ça sert tout ça. C’est contre notre nature d’attendre après une virgule dans un document pour aller faire sourire les gens. Mais n’empêche, j’ai appris à mieux comprendre et découvrir ces formalités. Je me rends compte que ces virgules et ces tournures de phrases sont cruciales pour que la Caravane puisse exister et se développer à son plein potentiel.

Le conseil d’administration s’est donc penché en priorité sur cette poutine administrative et ce travail de fond. Pendant ce temps, il me faisait confiance (probablement trop) dans mon travail de directeur général. Maintenant que c’est fait, il va pouvoir s’attaquer au “concret”; peaufiner notre mission, établir un plan d’action, créer un code d’éthique, définir et encadrer davantage le rôle du DG, etc. Bref, on a encore beaucoup de travail sur la planche.

Mon souhait, c’est qu’au fur et à mesure que la Caravane se structure et se développe, je puisse quitter progressivement le rôle de Directeur Général, pour n’être qu’un simple clown au sein d’un organisme bien huilée et complètement autonome. Qui sait, peut-être qu’un jour on n’aura même plus de directeur, pour laisser place à une forme de co-gestion? Je rêve que vous vous appropriez cet organisme, pour y contribuer de votre couleur, vos idées et vos initiatives. Je pense que mon rôle, c’est de créer une structure et des opportunités pour que vous puissiez le faire.

J’espère aussi que la Caravane ne grossira pas trop. Cependant, ce ne sera pas à moi de décider, mais à nous tous. J’ai peur qu’on devienne un jour un autre de ces organismes dont le mot “croissance”, les signes de piastre et la compétition priment sur la mission. Je considère que l’essence de notre travail et l’impact réel sur le terrain n’est pas quantitatif, mais qualitatif. Je suis persuadé qu’un clown qui pense être meilleur qu’un autre clown n’a pas compris son métier et son rôle dans la société. J’espère que cet organisme se développera en faisant honneur au clown, notamment à ce qu’on appelle les “5 points du clowns” : simplicité, légèreté, ouverture, joie et authenticité. Le clown est un art extraordinaire, où l’ego n’a pas sa place, où l’écoute prime et où tous ont quelque chose de formidable à offrir, au service de l’autre.

Pour finir, je veux vous dire à tous et chacun : MERCI et BRAVO. Je suis si fier de nous, de vous. Fier de toutes ces belles choses qu’on a réussi à accomplir et de ces milliers de sourires semés. Je me sens privilégié de faire partie d’une aussi belle équipe d’humains extraordinaires. Ces rêves qui m’habitent depuis 15 ans sont bien plus légers et agréables à porter lorsque partagés avec vous. Au-delà de l’impact que la Caravane Philanthrope a sur le terrain, elle en a un immense sur mon bonheur et sur ma qualité de vie. MERCI. Je vous aime. xxx

PS : Je suis pas mal fier d’avoir réussi à éviter les mots « Covid » et « Pandémie ».